Après
deux ans et trente-cinq tentatives, une équipe de recherche brésilienne
vient d'obtenir, pour la première fois, des cellules souches à partir
d'embryons humains. Cette avancée dans l'histoire des sciences au
Brésil a été annoncée le 1er octobre 2008, lors du III Symposium
International de Thérapie Cellulaire à Curitiba. Ces cellules
constituent également la première lignée de cellules souches
embryonnaires humaines d'Amérique du Sud.
Les travaux de
recherche, auxquels a également participé le groupe de recherche de
Stevens Rehen, de l'Université Fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), ont
été conduits par le Professeur Lygia da Veiga Pereira, de l'Institut de
Biosciences de l'Université de São Paulo (USP).
Définition et origine
Une
cellule-souche embryonnaire humaine est une cellule qui provient d'un
embryon humain et qui est capable de se transformer en n'importe quelle
cellule de tissu humain. On dit qu'elle est pluripotente. Les cellules
souches embryonnaires sont immortelles et peuvent se multiplier
indéfiniment sans perdre leurs caractéristiques.
La
cellule-souche embryonnaire est à distinguer de la cellule-souche
adulte qui peut provenir de différents types tissulaires (neuronal,
épithélial, musculaire...) et dont la capacité de différenciation est
par définition limitée. Les cellules souches obtenues par l'équipe de
Lygia V. Pereira, appelées BR-1, ont été obtenues à partir d'embryons
humains qui ont été congelés depuis plus de 3 ans puis donnés par des
cliniques de fécondation in vitro avec autorisation des géniteurs,
conformément à l'article 5 de la loi de biosécurité. C'est un sujet qui
amène parfois à polémiquer dans la mesure où les procédés de recherche
impliquent la destruction des embryons humains.
Loi de biosécurité : loi n° 11.105 du 24/03/05
La
loi de biosécurité, qui statue également sur les OGM, énonce "[qu']est
permise, à des fins de recherche et de thérapie, l'utilisation de
cellules souches embryonnaires obtenues à partir d'embryons humains
produits par fécondation in vitro [...], dès lors qu'ils remplissent
les conditions [énoncées à l'Article 5 dans le texte de loi] [...]".
Le
succès du groupe de recherche de Lygia V. Pereira tient à beaucoup de
persévérance et d'audace. Dès lors que la loi de biosécurité fut votée
en 2005, la recherche sur les embryons humains a donc été autorisée au
Brésil et a permis au Pr. Pereira de lancer ses travaux de recherche.
Cependant, une action directe d'inconstitutionnalité a entre-temps été
lancée contre la loi de biosécurité.
Le Tribunal Suprême Fédéral
a finalement rendu son verdict en mai 2008, jugeant l'action
d'inconstitutionnalité sans fondement et approuvant la loi de
biosécurité. Cette dernière décision fut donc un soulagement pour
l'équipe de Lygia V. Pereira, qui n'avait pas cessé ses travaux de
recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines pendant les
deux années et demi de doute sur la validité de la loi de biosécurité.
Processus d'obtention
Le
processus d'obtention des cellules souches embryonnaires est un
processus long et peu efficient. En effet, à partir de 250 embryons
initiaux, seule une trentaine d'embryons a survécu à la culture in
vitro dans le laboratoire de Lygia Peireira. Il y a trois mois, après
deux ans d'efforts, un embryon a finalement pu s'adapter aux conditions
de culture et donner une lignée stable de cellules souches
embryonnaires, c'est-à-dire des cellules qui se multiplient
indéfiniment sans se différencier.
Ce n'est qu'il y a quelques
semaines que la pluripotence de ces cellules souches a été établie. Le
groupe de Lygia Peireira a réussi à établir la transformation de ces
cellules souches en cellules nerveuses (neurones) et cellules
musculaires. Même si la littérature scientifique décrit déjà les
conditions à réunir pour obtenir une différenciation cellulaire à
partir de cellules souches, le défi pour la recherche reste de pouvoir
contrôler cette différenciation, et d'éliminer tout risque de
transformation en cellule cancéreuse.
Etapes suivantes et perspectives
Dix
ans après les Etats-Unis, le Brésil a donc obtenu ses premières
cellules souches embryonnaires humaines, en profitant du retour
d'expérience des autres pays et en utilisant une méthode de culture des
cellules plus sophistiquée. Le protocole qui permet la multiplication
des cellules souches a été développé par l'équipe de recherche de
Stevens Rehen, à Rio de Janeiro. C'est cette même équipe qui va se
charger de maintenir et multiplier en bioréacteur la lignée cellulaire
BR-1 obtenue par l'équipe de Lygia Pereira à São Paulo.
La
prochaine étape sera également d'adapter la culture de la lignée
obtenue par le groupe de Lygia Pereira aux bonnes pratiques de
laboratoire et de production. Les infrastructures nécessaires vont être
construites à Rio de Janeiro et à São Paulo pour atteindre en 2010 une
production opérationnelle de ces cellules souches embryonnaires
humaines au Brésil, et pour ensuite envisager des tests cliniques sur
des modèles animaux et humains.
Les cellules souches
embryonnaires humaines offrent des perspectives intéressantes dans le
domaine de la santé. En premier lieu, elles pourraient être utilisées
pour tester de nouveaux médicaments, au lieu de devoir les tester
directement sur les patients. En second lieu, les cellules elles-mêmes
pourraient être utilisées comme thérapie contre des maladies
dégénératives. Selon Lygia Pereira, quelques groupes brésiliens
impliqués dans la recherche contre le diabète, la maladie de Parkinson
et les maladies cardio-vasculaires, sont déjà intéressés par
l'utilisation des cellules souches embryonnaires BR-1 obtenues.
L'obtention
de ces premières cellules souches d'embryon humain au Brésil est un
évènement important car il confère au pays une autonomie dans des
domaines variés de la recherche, sans aucune dépendance vis-à-vis des
pays qui possèdent déjà les cellules souches embryonnaires humaines. Le
Professeur Lygia V. Pereira souhaite finalement souligner que la
communauté scientifique brésilienne, si tant est que les moyens lui en
sont donnés, est capable d'être dans la course pour le développement
scientifique et technologique.
-
Lygia da Veiga Pereira, Ph.D - Département de Génétique et de Biologie
Evolutive - Institut de Biosciences - Universidade de São Paulo - Rua
do Matão, 277 - Cidade Universitária - 05508-900 - Sao Paulo, SP -
Brasil - tél. : (+55 11) 3091 7476 - fax : (11) 3091 7553 - email : lpereira@usp.br - CV : http://lattes.cnpq.br/1550542923772116 -
"Lei n° 11.105, de 24 de março de 2005" : le texte de la loi de
biosécurité au Brésil est disponible en portugais sur le site de la
Commission Technique Nationale de Biosécurité (CTNBio) : http://www.ctnbio.gov.br/index.php/content/view/11992.html - "R$ 11 milhões para centros de produção de células-tronco" - Site web de Agencia FAPESP - 31/10/2008 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/eelSy
- Entretien avec Pra. Lygia V. Pereira le 24/10/2008. - "Brasileiros obtêm células-tronco de embrião humano" - Folha de S.Paulo - GARCIA Rafael - 01/10/2008 - page A18 - http://www1.folha.uol.com.br/fsp/ - "USP produz 1ª linhagem brasileira de células-tronco embrionárias" - O Estado de S.Paulo - ESCOBAR Herton - 01/10/2008 - http://www.estadao.com.br -
"Cientistas da USP criam primeiras células-tronco embrionárias
brasileiras" - Site web de la Revue Meio Ambiente - SILVESTRE Thiago -
30/09/2008 - http://redirectix.bulletins-electroniques.com/rn25L -
"Primeira linhagem de células-tronco embrionárias humanas do Brasil" -
Site web de Saude Business - NORCIO Lucia - 02/10/2008 - http://www.saudebusinessweb.com.br/noticias/index.asp?cod=51847
Rédacteur :
Faustine Fourdinier
Origine :
BE
Brésil numéro 120 (3/11/2008) - Ambassade de France au Brésil / ADIT -
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/56487.htm