Une
étude réalisée par deux chercheurs de l'Institut de Recherche en
Economie Appliquée (Ipea), l'économiste Rute Imanishi et la sociologue
Patrícia Silveira Rivero, tente d'établir un lien entre des données
socio-économiques et des données liées à l'urbanisme et à la
criminalité dans la ville de Rio de Janeiro. L'étude, qui s'intitule
"Indicateurs socio-économiques de protection et de risques pour
l'instrumentation des politiques publiques dans les favelas", a pour
objectif de produire des résultats qui puissent être utilisés dans la
subvention et le déploiement de politiques publiques adéquates.
A
première vue, les régions de Rio de Janeiro considérées comme peu
violentes, qui possèdent de bonnes infrastructures, sont composées d'à
peine 1% de favelas. Par contre, les régions de Rio considérées comme
très violentes, dans lesquelles les services publics font défaut, sont
composées de favelas à 82%. Néanmoins, si l'on est plus attentifs aux
chiffres, on réalise que les régions les plus précaires ne sont pas
toujours les plus violentes. L'étude postule ainsi qu'il existe de
multiples facteurs qui convergent pour accentuer ou diminuer la
violence dans certaines régions de la ville.
Les deux chercheurs de l'Ipea tentent alors de répondre à deux questions : - dans quelle région de la ville faut-il agir sur le problème de la violence ? -
de quelle façon implémenter les politiques publiques dans les régions
qui ont été identifiées comme des régions où le pouvoir politique fait
défaut ?
La question de la citoyenneté dans les favelas est
historique, héritée de l'insuffisance générale de citoyenneté dans le
pays et finalement léguée aux classes populaires. Selon Rute Imanishi,
le problème des favelas vient essentiellement du fait que les services
de base comme l'éducation, la santé, l'habitat et la sécurité n'y sont
pas suffisamment présents, si bien que les favelas finissent par
fonctionner comme des "zones de non-droit", marginalisées par rapport
au reste de la ville. Le défi est alors d'identifier l'hétérogénéité de
la population, tant du point de vue de ses conditions de vie, que de
ses caractéristiques socioculturelles et socio-économiques.
La
question de la violence est souvent associée aux conditions
d'habitations, à l'accès aux services de la ville et au revenu des
ménages. Mais cela n'est pas vrai dans tous les cas. En moyenne, en
comparaison avec autres villes brésiliennes, le citoyen qui vit à Rio
de Janeiro dispose de bonnes infrastructures et de services, y compris
dans les favelas, puisqu'elles sont souvent localisées au milieu de
quartiers plus nobles de la ville. A l'opposé, des quartiers
résidentiels peuvent être situés en périphérie de la ville, et mal
desservis en infrastructures, sans que toutefois le taux de criminalité
ne soit excessif.
Rute Imanishi estime que le grand problème est
que les politiciens vivent physiquement éloignés de la réalité de ces
différences urbaines et sociales, et cessent d'envisager la ville avec
ses particularités, en privilégiant au final les zones les plus riches.
Or, beaucoup de familles qui vivent dans les zones les plus précaires
n'ont même pas d'adresse. Sans cela, il est difficile d'avoir accès à
certains droits et services, comme l'accès à la justice, excepté ceux
offerts dans l'illégalité.
C'est pour cette raison que les deux
chercheurs recommandent de mettre en oeuvre des politiques urbaines et
de sécurité communes à l'ensemble des habitants de la ville : "Ce que
nous proposons est de casser l'isolement des favelas, en expliquant la
nécessité de les intégrer au reste de la ville, spécialement en ce qui
concerne l'exercice de la citoyenneté [...]".