Dans
les années 90, les cacaoyers bahianais ont été victimes d'un
champignon, appelé Moniliophthora (Crinipellis) perniciosa, et qui
cause la maladie dite "balai de sorcière". Cette violente épidémie
avait en partie causé la crise du cacao dans l'Etat de Bahia, réduisant
considérablement la production de cacao, et, par conséquent, les
exportations de cacao du Brésil. Cette crise a eu des répercussions
économiques et sociales très importantes dans la région.
Contrairement
au cacao produit en Afrique, le cacaoyer du Brésil est cultivé dans un
système d'agro-foresterie appelé "cabruca". La "cabruca" est une
plantation de cacaoyers, au-dessus de laquelle se dressent les arbres
de la forêt atlantique originellement présente. L'étage inférieur de
végétation a donc été supprimé pour laisser place aux cacaoyers.
Ceux-ci poussent particulièrement bien à l'ombre, protégé des
intempéries par les arbres de l'étage supérieur. La "cabruca" n'est
donc pas une forêt vierge, mais elle représente un écosystème qui a son
importance dans la région de Bahia. Elle fournit un habitat à des
espèces végétales et animales rares. Cependant, cette forêt de cacaoyer
est menacée parce qu'elle se régénère difficilement. De plus, pendant
la crise du cacao, de nombreux hectares de "cabruca" ont été réduits à
néant et convertis à d'autres usages.
Aujourd'hui, le cacao de
la région de Bahia revient sur les marchés, avec la promesse de générer
des exportations, de développer l'écotourisme, et d'aider à la
préservation de la forêt atlantique. Un exemple réussi de relance de
l'activité cacaoyère à Bahia se situe dans la fazenda Porto Novo, de
laquelle le généticien Gonçalo Pereira de l'Unicamp (Université d'Etat
de Campinas) a été partenaire. Pereira est lié à la région de Bahia
depuis qu'il a commencé à étudier les mécanismes génétiques impliqués
dans la maladie du "balai de sorcière".
Les travaux de Pereira
ont contribué à l'obtention, après plusieurs greffes et en utilisant un
fertilisant spécifique, de pieds de cacao plus résistants et dont la
floraison est induite avant le début du cycle de développement du
champignon. La Ceplac (Commission exécutive du plan de labeur cacaoyer)
a pour vocation d'accompagner ce bouleversement de la cacaoculture
régionale, et ce, grâce à un programme d'amélioration génétique conduit
à la fois sur le dispositif de la Ceplac et dans les fazendas.
Depuis
2005, la fazenda Porto Novo est de nouveau capable d'exporter le cacao.
"Nous sommes le plus grand exportateur du pays" dit Raphael Hercelin à
la Folha de São Paulo, un parisien qui administre aujourd'hui 870
hectares de la fazenda. Mais la particularité de la culture du cacao
dans l'Etat de Bahia est bien la "cabruca", qui, en plus d'offrir de
l'ombre aux cacaoyers, favorise la biodiversité. Certains producteurs
souhaiteraient même voir la "cabruca" obtenir le statut de réserve pour
pouvoir la préserver et l'étendre.
Des travaux de biologie
moléculaire ont été entrepris par des centres de recherche et des
universités, comme le Cepec (Centre de recherche du cacao) et l'Uesc
(Université d'Etat de Santa Cruz). D'autres travaux, visant à mieux
connaître le pathogène, sont également effectués, comme le projet
national de séquençage du génome de Moniliophthora, par le consortium
Unicamp, Uesc, Uefs, Cepec, Cenargen (Centre national de recherche en
ressources génétiques et biotechnologie). Les compétences se trouvent
donc réparties entre ces différentes institutions. Le Cirad au Brésil
est associé aux recherches dans ces deux domaines par deux accords de
partenariats, avec l'Uesc et la Ceplac.