Les taux de chômage sont des
indicateurs révélateurs des dommages sociaux en contexte de crise
économique mondiale. Y a-t-il lieu de comparer des taux mesurés en
différents endroits du monde ? Autrement dit, être au chômage
signifie-t-il la même chose que l'on soit en France, au Brésil ou au
Japon ? Tel est le sujet abordé par Nadya Araujo Guimarães,
Professeur de sociologie à l'Université de São Paulo, dans son livre
intitulé "Chômage, une construction sociale. São Paulo, Paris et
Tokyo."
Avec une logique sociologique, le livre montre
comment le chômage n'est pas seulement un phénomène sociologique,
mais aussi qu'il s'inscrit dans un contexte donné. Le livre cherche
aussi à identifier les mutations économiques récentes qui ont pu
affecter le marché du travail dans les trois métropoles que sont São
Paulo, Paris et Tokyo. L'auteur analyse enfin les variations dans
l'intensité et les implications du phénomène de chômage dans ces
trois réalités différentes.
Le livre est le résultat d'un
projet de recherche développé au Centre d'Etudes de la Métropole
(CEM), un des Centres de Recherche, Innovation, et Diffusion
(Cepids) de la FAPESP (Fondation de Soutien à la Recherche de l'Etat
de São Paulo). Le CEM siège au Centre Brésilien d'Analyse et
Planification (Cebrap), et figure parmi les Instituts Nationaux de
Science et Technologie.
Nadya Araujo Guimarães explique
qu'une analyse sociologique du chômage doit prendre en compte
l'influence du contexte social observé. Ainsi, en considérant les
taux de chômage collectés dans les trois pays, "la convergence des
critères de mesure, basés sur des critères établis
internationalement, conduirait à penser que le chômage ne varie pas
d'un pays à l'autre". Elle précise que "le chômage, dans tous ces
pays, équivaudrait à la privation transitoire et involontaire du
travail, [...] le chômeur étant défini comme quelqu'un 'sans
occupation régulière' et 'engagé dans une recherche systématique de
travail'".
Le consensus s'arrête quand il s'agit d'établir
des critères pour définir les expressions 'occupation régulière' et
'recherche systématique de travail'. En effet, deux études menées
par Guimarães avec des critères différents ont conduit à des
statistiques de chômage relativement éloignées. Par ailleurs, on
sait que dépendamment de la condition et de la reconnaissance du
statut de 'chômeur' dans une société, celui-ci s'auto-déclarera plus
ou moins facilement comme chômeur.
Pour toutes ces raisons,
l'auteur du livre a préféré explorer des destins plutôt que de
suivre des taux, et a notamment cherché comment l'analyse faite de
l'expérience de la perte de son emploi reflète les constructions
institutionnelles. Ceci était indispensable pour comprendre comment
apparaissent et se répètent les risques et les inégalités. La
recherche a ainsi été menée de façon à concilier des techniques
d'analyse quantitative et qualitative. La sociologue indique enfin
que, même s'il s'agit de réalités différentes dans ces trois villes,
la comparaison est indispensable pour mettre en relief les
spécificités, et montrer que "le chômage ne signifie pas la même
chose sous ces trois latitudes, ni en ce qui concerne les politiques
publiques, ni sur la façon dont le chômage est vécu.
Le
premier chapitre du livre expose des parcours de chômeurs dans les
trois métropoles. Selon l'auteur, São Paulo, Paris et Tokyo
présentent des distinctions dans leurs systèmes d'emploi et de
protection du travail. Dans le cas français, il y avait un "système
public de protection du chômeur solide, complexe, efficace et
intégré", qui s'est structuré au cours des "trente glorieuses".
L'auteur continue : "ce système s'est basé sur une série de règles
promouvant la stabilité et la protection de l'emploi, qui en se
généralisant, ont fini par donner le ton aux relations de travail
sur le marché français [...]." Dans le cas de la société japonaise,
on peut l'assimiler à un système "exubérant, sélectif et privé de
protection". "Toutes les carrières construites depuis la sortie de
l'école, dans une sorte de mariage entre le travailleur et la firme,
néanmoins sans caractère durable, dépendaient des politiques de
gestion des entreprises [...]." L'analyse de la société brésilienne
présente une expérience de protection du chômeur restreinte et si
récente qu'elle fut seulement régulée dans la Constitution de 1988,
au cours d'un processus de démocratisation. "Et même ainsi, les
bénéfices octroyés étaient limités et de courte
durée".
Devant des réalités si différentes, Nadya Araujo
Guimarães tente d'établir les éléments qui permettent de rapprocher
les trois réalités. Par exemple, ces trois sociétés ont dû affronter
dans les années 2000, le défi de redéfinir les normes sur l'emploi
et les systèmes de protection, "sous l'impact d'une restructuration
économique qui avait commencé lors des décennies précédentes, et
sous l'effet d'une intense globalisation de la vie économique".
L'auteur fait également noter que "ce sont sur les marchés de ces
métropoles que le chômage a la propension à être un phénomène
durable et de masse, particulièrement visible. Dans ces centres, non
seulement l'ingéniosité des politiques publiques a été défiée, mais
aussi la capacité à absorber le coût politique de l'augmentation de
la pauvreté et de l'exclusion sociale, deux phénomènes fortement
liés au chômage."
Titre du livre : "Desemprego,
uma construção social. São Paulo, Paris e Tóquio" - Auteur : Nadya
Araújo Guimarães - Edition : Argvmentvm (http://www.argvmentvmeditora.com.br/novosite/index.php)
- Année de publication : 2009 - Pages : 204